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Le niger en quete d’un souffle nouveau : Mariama Gamatie BAYARD, candidate à la présidentielle


« Je me présente pour donner à mes concitoyens l’espoir d’un changement de vie »

Dans un pays où toutes les avancées démocratiques ont été couronnées de putsch militaire, inévitablement, Mme Mariam Gamatié Bayard, candidate de RACINN à la prochaine élection présidentielle, soutient qu’il faut créer les conditions qui permettront d’en finir avec cette fatalité et mettre le Niger sur les rampes de lancement d’un progrès social et économique irréversible.


Vous êtes candidate à la prochaine présidentielle. Pourquoi vous présentez-vous ?


C’est là une question récurrente ! Je pense qu’elle est liée à la nature de ma candidature, du fait que je ne sois pas issue de l’investiture d’un parti politique. Vous savez que les lois de notre pays autorisent tout citoyen libre et majeur jouissant de tous ses droits politiques et civiques et de toutes ses facultés physiques et mentales à briguer tout mandat électif de son choix pour prendre une part active à là la gestion et à l’édification de la Nation. Voilà pour bien planter le décor.


Dans mon cas, je vois cela comme le conscrit qui part chercher sa position militaire qui lui permettra d’accéder aux hautes fonctions civiles et qui, après avoir subi les affres du bachotage, décide malgré tout de faire carrière dans l’armée, pour changer les choses.


Je viens de la société civile. Vous n’ignorez pas le rôle capital que celle-ci a joué dans l’avènement et l’enracinement de la culture démocratique dans notre pays. Personnellement, j’ai payé au prix fort cette veille démocratique et la lutte pour une alternance libre du pouvoir.


Aujourd’hui, que ces luttes ont raffermi en moi la conviction que mon aspiration fait corps avec celle de beaucoup d’autres nigériens qui espèrent le changement de nos mentalités et de nos pratiques politiciennes, c’est le moment de donner cette chance à notre peuple.


Je me présente pour donner à mes concitoyens l’espoir d’un changement de vie et le libre choix d’être gouvernés autrement. Et ce n’est pas une gageure que j’essaye de tenir, c’est un devoir de citoyenneté à l’accomplissement duquel j’appelle tout le monde !




Etes-vous consciente que par cette première, vous vous employez à briser des tabous dans un pays sahélien fortement islamisé ?


C’est un vieux débat de croire que l’Islam s’oppose à la femme et aux droits de celle-ci dans la société. La chape d’obscurantisme et toutes les pesanteurs qui pendant longtemps nous ont masqué la lumière du soleil se sont, aujourd’hui, dissipées.


Les valeurs que les femmes nigériennes veulent transmettre à leurs enfants pour en faire des citoyens accomplis sont des valeurs essentiellement religieuses pour l’avènement d’une morale sociale bâtie autour de l’honnêteté, de la justice, du respect, de la probité, du sens de la famille et de l’amour du prochain et de la patrie.


Mais, c’est vrai, le terrain n’est pas meuble ; j’en ai une claire conscience ! Sur une scène politique fortement couverte par les partis politiques et marquée par une longue tradition de leadership exclusivement masculin, les peaux de banane peuvent venir de partout, même de la part de mes sœurs femmes.


Mais, paradoxalement, c’est cette hostilité infondée politiquement et injustifiée socialement qui sera le révélateur du malaise profond qui paralyse notre société ; si c’est à subir cela que se mesure mon engagement, je suis prête à en payer le prix.


Le Niger est un havre de paix par la grâce de Dieu et il n’existe aucun tabou qui empêcherait quelqu’un de préserver cette paix et de défendre la justice et l’égalité pour tous, qu’il soit un homme ou une femme.




Le Niger est très riche en ressources, mais pauvre. Quel programme proposez-vous pour susciter l’adhésion des populations ?


Je considère que la principale richesse du Niger est l’Homme nigérien. Il est à la base de toute richesse et seul son travail peut créer les richesses dont le pays a besoin.


Cette conception est au centre de mon programme de gouvernement, entièrement bâti autour de la valorisation de nos ressources humaines par le développement des capacités et des compétences dans tous les secteurs de l’économie.


Sans l’affirmation de notre volonté de progrès et d’indépendance et de nos capacités propres à gérer nos potentialités, toutes les ressources naturelles dont regorge ce pays, au lieu de nous ouvrir la voie de la paix et du bien-être, ne seraient que des sources de conflits, de division entre nous et de régression.


Il n’existe aucune raison qui justifie que l’on se lance dans l’exploitation sauvage des nos ressources ni que l’on mette de l’empressement à le faire. La lutte contre la pauvreté emprunte déjà des voies que nous pouvons encore mieux maîtriser, comme la production rurale et les valeurs ajoutées de nos produits à l’exportation, par exemple. Nos ressources minières sont notre banque d’avenir, le trésor caché que nous réservons aux nouvelles générations de nigériens, plus compétents et plus soucieux des intérêts des populations et de leurs cadres de vie et du devenir de la Nation.


C’est cela que j’explique à notre population par les contacts directs et quotidiens que j’entretiens avec elle et je n’ai aucun mal à le faire car je le faisais déjà de profession.




Votre vision pour le pays ?


La réalité de notre pays est complexe, difficile à déchiffrer particulièrement dans la construction de la nation et de la république. Sa démarche est faite de progrès spectaculaire et de régression brutale, sans que jamais l’expérience ne soit capitalisée pour que les erreurs passées soient évitées. Toutes nos avancées démocratiques ont été couronnées de putsch militaire, inévitablement. Pourtant notre modèle de gestion des crises politiques et la qualité de nos textes fondamentaux sont souvent cités comme exemples pour la stabilité institutionnels.


Il nous faut créer les conditions qui nous permettront d’en finir avec cette fatalité et mettre le pays sur les rampes de lancement d’un progrès social et économique irréversible.


La population du Niger est jeune, extrêmement jeune même, dans un monde vieillissant. C’est un atout considérable. Il est plus que normal et urgent que cette jeunesse soit formée, conscientisée et responsabilisée pour insuffler son dynamisme et sa modernité dans la construction nationale.


Je vois également un pays dont on n’a jamais su exploiter la ruralité et les potentialités énormes qu’il offre en matière d’agriculture et d’élevage. Le fondement même de notre économie et de notre culture se trouve aujourd’hui délaissée sans investissement approprié et avec un encadrement dépérissant alors même que nous tendons la main à l’étranger pour notre simple alimentation et que la malnutrition devient endémique. C’est par là que nos aînés ont péché, on ne lâche pas impunément ses mamelles nourricière.


C’est donc par là que nous commencerons à reprendre notre destin en main. Ma vision est celle d’un pays qui s’appuiera sur ses potentialités, ses hommes et leur savoir-faire et sur l’introduction d’un souffle politique nouveau pour moderniser et accroître les productions rurales. C’est à cette condition seulement que l’on pourrait sereinement entamer la marche vers toutes les autres formes de progrès.




A combien estimez-vous vos chances réelles de l’emporter ?


Je considère que l’élection présidentielle est la chose la plus importante pour notre pays parce que la décision de l’électeur se formule à la fois autour de la personnalité du candidat, de l’image qu’il véhicule et de son accessibilité à ses concitoyens. Le programme politique comme instrument de propagande a peu d’influence sur la décision finale d’un électorat rendu sceptique par tant de promesses non tenues.


De ce point de vue, mes chances sont entières et ce n’est pas à la légère que je prends mon engagement à briguer une si haute responsabilité.


Je suis la candidate de tous ceux qui veulent que les choses changent réellement et que le débat politique s’ouvre enfin sur une nouvelle génération d’acteurs de la scène et, croyez-moi, ils sont nombreux. C’est cela qui nous a conduit à aligner notre candidature dans le cadre d’un rassemblement, dénommé Ra.C.I.N.N. (Rassemblement de Candidats Indépendants pour un Niger Nouveau) sous la bannière duquel nos militants se présenteront aux élections locales et législatives.




Vous semblez privilégier les cibles femmes et jeunes dans votre démarche. Pourquoi une telle stratégie ?


Ce n’est qu’une impression, peut-être parce que j’encourage l’expression des candidatures féminines et des jeunes et que je suis convaincue que c’est cette catégorie qui est porteuse de changement.


Mais, comme vous le savez, ma carrière et mon parcours au sein de la société civile et des ONGs m’ont conduit à mener beaucoup d’actions au profit de la femme et même de la famille en général. Donc je suis restée très proche de ces groupes-là qui se trouvent aussi être les plus vulnérables de notre société, ceux que l’on peut facilement influencer, exploiter et manipuler mais qui sont toujours marginalisés quand il s’agit des répartir les bénéfices de l’Etat. Je ne veux pas que l’on les utilise comme du bétail électoral mais qu’ils reconquièrent leur citoyenneté, leur dignité et surtout la liberté de choisir leur destin. Je me sens solidaire de leur cause, en tant que femme et mère de famille, et quand je m’adresse à eux, je sais toujours de quoi je parle.


Vous êtes déjà très active sur le terrain. Est-ce la campagne avant l’heure ?


Oh ! Non ! Ce n’est pas encore le moment. Nous sommes à la veille du dépôt des dossiers des candidats indépendants aux élections locales, et je fais des visites afin de m’assurer que le délai imparti sera bien respecté.


Ce que je découvre à l’occasion de ces sorties confirme tout ce que je pense de la manière dont le pays a été géré depuis les indépendances. Comment peut-on comprendre qu’après vingt ans de démocratisation et de culture de civisme que quasiment sept nigériens sur dix ne soient pas en possession de leurs pièces d’état civil ? C’est franchement révoltant !


Lorsque l’on fait le choix d’un mode d’alternance par la voie des élections, c’est un devoir impérieux de doter tous les nigériens des documents qui leur confèrent leur statut civil et leur citoyenneté.


Alors, dans un contexte partisan comme le nôtre, vous comprenez bien que c’est là un terreau propice à toute sorte de marchandage et de manipulations qui déboucheront immanquablement sur des troubles et des contestations.


Il est intolérable d’entretenir les citoyens d’un Etat, qui se veut moderne, dans un tel état de dénuement civique et de dépendance vis-à-vis des formations politiques pour accéder à ce qui est leur droit élémentaire.




Vous êtes aussi très critique vis-à-vis de la classe politique nigérienne…


Je ne critique que les résultats que je constate, et je le fais sans parti pris. De plus, je ne crois pas que l’on puisse mettre toute la classe politique nigérienne dans le même panier ni l’accuser de tous les péchés d’Israël. Pour ma part, je souhaite simplement qu’au sein de cette classe, les intérêts de notre pays prennent le pas sur les querelles partisanes et que cesse le culte de personnalité qui n’engendre que l’arrogance, la désinvolture et le despotisme.




Et la junte au pouvoir depuis le 18 février dernier ? Etes-vous satisfaite de tout ce qu’elle a entrepris ?


Dans l’ensemble, oui ! Ce qui importe pour moi c’est sa neutralité et le respect de ses engagements pour le retour à l’ordre constitutionnel dans notre pays dans les délais qu’elle s’est elle-même imposée. Pour le reste, je ne peux qu’exprimer le vœu que les élections soient organisées dans les meilleures conditions et dans la quiétude sociale.


Vous avez été ministre sous la présidence du président Ibrahim Baré Mainassara*. Ne vous sentez-vous aussi responsable de ce que vous dénoncez ?


Baré fut une des étoiles filantes de notre firmament politique. Il a eu le courage ou la témérité, je dirais, de sortir des sentiers battus et de vouloir marquer, en peu de temps, son passage au sommet de l’Etat.


J’assume entièrement mon engagement à son côté en tant que conseillère spéciale puis ministre porte-parole comme une mission de servitude que je dois à mon pays. Et, ce faisant, j’ai servi mon pays dans la loyauté et la droiture, à la hauteur des responsabilités que l’on m’a confiées, sans jamais trahir mes principes politiques ni mon éthique professionnelle.




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* Président Ibrahim Baré Mainassar (1949-1999) Assassiné à la suite d’un coup d’état le 9 avril 1999 lors d’un coup d’état orchestré par le chef de bataillon Daouda Malam Wanké. Il avait renversé le président Mahamane Ousmane le 27 janvier 1996.
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